• Affinités - livre de Sarah Waters

    Affinités - livre de Sarah Waters (1999)

    Affinités - livre de Sarah WatersC'est ma série Sarah Waters ! En quelques semaines, après avoir lu "Du bout des doigts" (son 3ème livre) et "Caresser le velours" (son 1er), c'est au tour d'Affinités, son deuxième roman sorti durant la dernière année du 20ème siècle. Pour moi, "Du bout des doigts" est un must, qu'en est-il de celui-ci ? 

    4ème de couverture :

    "La prison de Millbank et ses voleuses, criminelles et faussaires, ses avorteuses et mères maquerelles. C'est dans l'inquiétant climat de l'une des geôles les plus lugubres de l'ère victorienne que Margaret Prior, dame patronnesse, rencontre la charismatique médium spirite Selina Dawes qui, bien qu'incarcéré, ne cesse de clamer son innocence. Au fil des visites, Selina dévoile son étrange histoire, et Margaret est irrésistiblement entraînée dans un monde crépusculaire de séances de spiritisme et d'apparitions, d'esprits insoumis et de passions incontrôlables...

    Récit de fantômes et thriller historique, Affinités nous plonge dans l'univers fascinant qui a fait le succès des précédents romans de Sarah Waters. En héritière virtuose de Dickens et Wilkie Collins, l'auteur nous offre un roman envoûtant où le suspense monte sans répit jusqu'à un dénouement final étonnant."

    Le thème des prisons revient souvent dans les romans de Sarah Waters. Dans "Affinités" il en est la trame principale puisqu'une majeure partie de l'histoire en fait référence. Margaret Prior est une bourgeoise de 29 ans qui pour occuper ses journées et surtout son esprit est dame patronnesse (visiteuse de prison) à la prison de Millbank dans le quartier de Chelsea à Londres. Dans cette prison, on y voit toute la détresse, le malheur, la crasse, les travaux forcés de ces femmes qui luttent désespérément pour ne pas s'effondrer. Elles sont considérées par la directrice, les gardiennes de prison, la société, pour des moins que rien alors elles sont traitées ainsi. Des vêtements crasseux, des repas immondes, un univers où la lumière du jour apparaît peu, les détenues ont l'interdiction de parler entre elles, 4 visites extérieurs d'1/4 heure autorisées par an, un seul et unique livre dans chaque cellule : la bible. Telle est la vie de ces femmes (le quartier des hommes est à côté). Margaret Prior donne une fois par semaine de son temps pour aller visiter quelques détenues afin de discuter et surtout de les écouter. Chacune des femmes raconte son histoire, du pourquoi elle a été incarcérée, sa vie d'autant, ses espoirs. Rapidement elle fait la connaissance de Selina Dawes, une jeune médium spirite qui semble envahit par les esprits qui l'entourent. Une amitié prendra naissance au fil des visites et des échanges et bientôt cette amitié se transformera en amour profond mais caché.

    L'histoire se déroule en 1874, à peu près à la même date que "Du bout des doigts", à l'époque victorienne. Les femmes étaient considérées comme inférieures aux hommes. Comme dans les deux livres cités en début de critique, les principaux personnages sont des femmes qui à un moment ou un autre ont défié leur temps en se comportant différemment du rôle que la société voulait leur attribuer. Margaret a 29 ans, est célibataire, aime la littérature, la poésie, semble moins intéressée par ses toilettes que sa soeur ou sa mère. Elle s'est toujours sentie plus proche de son père (décédé 2 ans auparavant) que de sa mère. Elle trouve cette dernière autoritaire, toujours dans le paraître. Son père était historien et donnait des cours. Après sa rupture avec Helen (ancienne élève de son père) qui épousa le frère de Margaret et suite au décès de son père, Margaret a fait une dépression. Seules les visites auprès de Selina lui éveilleront quelques regains de joies et surtout une nouvelle envie de vivre.

    Ce qui manque à Margaret, c'est de l'amour qu'elle ne seraitAffinités - livre de Sarah Waters pas obligée de cacher mais qui est quasiment inconcevable à cette époque où seule une relation entre un homme et une femme unis par les liens sacrés du mariage est possible. Il lui manque aussi tellement de liberté, prisonnière entre une mère autoritaire, un frère marié (avec Helen) et père d'un enfant, une soeur prochainement mariée. Elle porte le fardeau d'une femme célibataire que l'on nomme déjà ou bientôt "veille fille" car une femme ne peut être qu'épouse pour être bien vue dans cette société bourgeoise anglaise. L'ennui aussi est récurent. Margaret crève d'un ennui qui la fait dépérir car hormis la lecture, sa visite hebdomadaire à la prison de Millbank et sa famille qui l'ennui, sa vie n'est faite que d'habitude.

    Je ne manque pas d'ajouter qu'au-delà du sexisme ordinaire, nous avons également les différences de classes, thème cher également à l'auteure. Les bourgeois ont toujours leurs domestiques à leurs côtés, incapable de vivre sans. C'est ce que l'on ressent le plus dans "Affinités". Bien sûr, les différences de classes ont bien d'autres aspects.

    L'autre thème important sont les esprits, liés au spirisme de Selina Dawes. Même si j'ai un peu plus de mal à accrocher, cela permet d'apporter du suspens et un grain de fantaisie.

    Le livre est narré par Margaret qui retranscrit ses notes de son cahier "intime" avec quelques parties intercalées de Selina datant d'avant son incarcération. Du coup, le ou la lectrice est vraiment dans la peau du personnage de Margaret, avec son ressentiment, ses angoisses. On est quasiment (hormis les quelques pages de Selina) dans sa peau pendant près des 520 pages que fait ce roman.

    La photo de couverture (en début d'article), datant de 1865, intitulée" "The kiss of death" est de Julia Margaret Cameron, une photographe du 19ème siècle. Elle est particulièrement réussie et va bien avec ce roman, ce qui n'était pas toujours le cas de ses autres livres (en fonction aussi des versions).

    J'ai pris beaucoup de plaisir dans la lecture d'"Affinités", avec un personnage centrale fort, des émotions très bien restituées, un suspens comme c'est si bien le mener Sarah Waters et des thèmes qui ne me laissent pas indifférentes. L'écriture est simple mais si bien écrite. J'ai beaucoup aimé ! Un peu moins tout de même que "Du bout des doigts" mais la barre est vraiment trop haute.

    Quelques extraits choisis :

    "Je suis hantée au contraire par la banalité de l'endroit ; par le fait même qu'il soit là où il est, à moins d'une lieue de Chelsea et de la maison, qu'il suffise d'une petite course en fiacre pour se rendre dans cet immense et sinistre séjour des ombres où des êtres humains ont enfermé quinze cents de leurs semblables, hommes et femmes, en leur imposant un régime de silence et de soumission perpétuels."

    "Etre toujours sous l'oeuil d'une surveillante, exposée sans trêve à un regard plus collant que la cire ! Souffrir toujours du manque d'eau et de savon. Oublier les mots, les mots les plus courants, parce que votre routine est tellement étriquée que vous n'avez besoin que d'une centaine de substantifs et de phrases rudimentaires - murs, soupe, peigne, bible, aiguille, éteindre, détenue, marchez, halte-là, plus vite que ça ! Passer des nuits sans dormir - pas des nuis blanches comme vous en connaissez, avec un feu dans votre cheminée, vous sachant entourée de votre famille et de vos... de vos domestiques. Non, rester éveillée, engourdie de froid, à prêter l'oreille à une femme qui hurle au rez-de-chaussée parce qu'elle fait un cauchemar ou qu'elle souffre du délire des ivrognes, parce qu'elle est encore novice et que... et qu'elle n'arrive pas à croire qu'on lui a tondu la tête pour tout de bon et qu'on l'a enfermée sous clef !"

    "Les sabliers mesurent une durée d'un quart d'heure ; à l'écoulement de ce temps, le visiteur doit partir et la détenue est reconduite dans sa cellule. Les femmes enfermées à Millbank peuvent recevoir ainsi leurs parents et amis quatre fois dans l'année."

    "Ne trouvez-vous pas que c'est cocasse ? Qu'une femme du peuple, mal dégrossie, puisse être envoyée en prison pour avoir pris de la morphine, tandis que moi, on me remet sur pied et on m'envoie lui prêcher le bon exemple - le tout parce que j'appartient à la bonne société ?"

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